Corps sismographe

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Philosophie 

Corps sismographe® est une méthode de composition chorégraphique instantanée conçue tant pour la scène que pour les danses situées. Élaborée par la chorégraphe et chercheuse Nadia Vadori-Gauthier, la pratique allie des outils concrets d'ancrage corporel sensible, de composition et de mise en forme à des parts inconscientes et imaginaires, pour soutenir la création de formes engagées et singulières. 

Le corps sismographe entre en résonance avec différents lieux et leurs empreintes temporelles, énergétiques ou émotionnelles. Il trace simultanément des informations vibratoires provenant des  environnements et de l'intériorité. Sélectionnant différents points d’entrée, il compose tour à tour à partir de sources internes et/ou externes, sensorielles et/ou émotionnelles, les interconnectant les unes aux autres. Ainsi, il s’agit de danser, mais aussi d’être dansé par les lieux et les circonstances. La danse manifeste alors les liens entre le corps et son environnement. Elle capte et révèle les énergies des lieux sans chercher à leur donner une signification, afin de rendre visible ce qui n’apparaît pas toujours à la perception ordinaire. Tissant des liens de continuité entre humain et non-humain, conscient et inconscient, visible et invisible, ombre et lumière, la pratique se situe dans une perspective de création chorégraphique en relation au vivant et à la Terre.


Relation 

Pour le corps sismographe, la relation est première :  il part de la relation entre les autres et soi, le monde et soi (un soi qui n’a pas de bordures définies et qui se reconfigure sans cesse à partir de données internes-externes).

En dansant, il ouvre des possibles et invite la joie de ne pas savoir d’avance ce qui se dessine. Cela requiert une exigence de connexion à la vie et implique une légèreté, un non-vouloir qui se glisse sous les formes pour investir le non- encore visible. Cette légèreté exclut toute psychologie, quant-à-soi ou esprit de sérieux. Elle dissout les enveloppes narcissiques et ne peut cohabiter avec le fixe. Elle se soustrait aux tentatives d’assignation à une case ou à une interprétation. Voyageant entre les déterminations successives, elle joue avec les représentations comme avec autant de pelures ou d’écorces.

Il s’agit de catalyser de nouveaux modes de création impliquant une relation d’ouverture sensible au collectif et à l’environnement. La danse est produite dans l’instant de l’acte, à partir de la connexion à un hors-champ. Le corps sismographe est ainsi une interface « hors limites » qui écoute par-delà les bordures indistinctes de la perception. Ses danses ne sont pas des objets artistiques prédéterminés, reproductibles et déclinables dans divers contextes. Elles s’agencent en direct à partir de la relation aux autres, au milieu, au lieu, c’est-à-dire au collectif humain et non-humain duquel on participe.

On danse et on est dansé, créé par les relations, les lieux, les personnes, les circonstances, la météo. En cela, la danse est sismographique, car, comme un sismographe, elle fait signe en temps réel des relations qui l'agencent au monde.


Éthique

Pour le philosophe Gilbert Simondon, l'éthique est  : «  le sens selon lequel l’intériorité d’un acte a un sens dans l’extériorité. »  La relation d'interne à externe fonde une éthique. Ainsi s'active une dynamique de réciprocités entre le dedans et le dehors et une poétique de résonances entre l’un et l’autre. L'artiste brésilienne Lygia Clark pense aussi le collectif à partir de dimensions d’intériorité et d’extériorité. L’individu est alors ouvert, en relation à un champ dont il participe. Il n’est pas uniquement au service de la collectivité ou absorbé par elle ; inversement, il ne l’utilise pas à des fins personnelles, à l’image d’une société au service de certains individus seulement. Le collectif et le singulier se créent mutuellement à partir de relations qui les augmentent l’un et l’autre, l’un avec l’autre, l’un indépendamment de l’autre, dans leur puissance d’agir, de vivre et de créer. Cette réciprocité entre interne et externe est aussi au fondement de la pratique du yoga et elle irrigue également la pratique sismographique.

Kaléidoscope

Le corps sismographe est par nature multiple, fractal, multidirectionnel. Il a plusieurs bras comme une pieuvre, plusieurs points de vue simultanés. Il agence ses facettes et peut faire partir le mouvement de plusieurs endroits à la fois. La pensée émane de chaque facette du corps kaléidoscope. Ni unidirectionnelle, ni monolithique, elle n’est pas localisée en surplomb mais multiple par nature.

Chez la pieuvre, chaque bras a une indépendance de mouvement. Chaque partie du corps a sa propre intelligence. À l’instar de la pieuvre, le corps sismographe a une qualité de pulsation liquide, une intelligence multiple, des pieds, de la peau, des muscles, des fascias, des cellules… Cette intelligence peut se transférer au mouvement chorégraphique. Par la sensation kinesthésique, chaque partie du corps pense. C’est une pensée sensitive, vibratoire, non quantifiable dans ses dimensions car également connectée à des dimensions non visibles et à une conscience qui n’est pas uniquement localisée dans le corps. La danse fait signe de cette pensée. Elle rend visibles les liens que le corps active entre plusieurs strates de sensation, de perception et d’imaginaire, à l’invisible, au quantique, au vibratoire, au magique.


Le silence au cœur des choses

Le corps sismographe habite le « silence au cœur des choses ». C’est son territoire de départ. Il écoute le vide entre les particules, vide qui nous constitue et qui représente 99,999999 % de la matière, celle de nos corps comme celle du monde. Les corps animés et inanimés se tissent ainsi d’une seule et même étoffe volumétrique/vibratoire qui nous enveloppe et vibre par-delà ce que nos sens peuvent percevoir. C’est la musique de la magie.

Technique

La pratique active : 

• Une base cellulaire et fluide permettant l’activation d’espaces de résonance entre les corps, ainsi qu’entre les corps et les environnements.

• Une dimension transindividuelle qui interconnecte les corps à ce qui les déborde, par le partage collectif d’expériences singulières.

• Les moyens de rendre visibles et lisibles par la danse les liens qui nous agencent au monde.

Il s’agit de danser en investissant des relations sensibles à la matière et au vivant et d'activer une dynamique de réciprocité entre interne et externe : le corps, comme un sismographe, trace en temps réel les informations qu’il perçoit (images, mouvements, impressions, sensations…). Cette pratique fait naviguer la perception de strate en strate, permettant d'investir, par le phrasé chorégraphique et la composition, différents registres de sensation et de perception. Elle inclut également un travail avec l’émotion, l’imaginaire et l’inconscient dans les processus de création.


Références

L’élaboration de cette méthode s’inscrit dans la continuité de travaux de recherche-création menés par Nadia Vadori-Gauthier et de sa thèse de doctorat en arts et philosophie de l’art (2014)- Université Paris 8.
Elle a été nourrie de références et de travaux d’artistes, de penseurs et de penseuses dont Bonnie Bainbridge-Cohen fondatrice du Body-Mind Centering® (embodiment au niveau cellulaire ; conscience pré-noétique), Anna Halprin (danse, nature et environnements ; Lygia Clark (l’œuvre, c’est la relation ; ruban de Möbius ; vide-plein), danse et résistance ; danser pour vivre), Ana Mendieta (Siluetas ; dimension sacrée de la nature), Starhawk (nécessité de « Rêver l’obscur » collectivement ; la magie est le langage des choses), Henri Bergson (cône de mémoire ; perception soustractive ; imagination créatrice), Gilles Deleuze (devenirs ; régime dionysien de production d’images ; plan de consistance ; synthèses de temps ; régime de signes ; produire le sens), Antonin Artaud (se faire un corps ; guérir la vie ; achever la réalité), Federico García Lorca (duende), Félix Guattari (dispositif machinique ; inconscient machinique ; écosophie ; lancée rythmique), Gilbert Simondon (connexion collective au préindividuel ; processus transindividuels de création ; relation transductive), Erin Manning et Brian Massumi (Thought in Act ; rendre les forces formatives ; inventer des dispositifs de relation), Édouard Glissant (pensées du tremblement), Vinciane Desprets, (intelligences et langages non-humains) Benoît Lachambre (ondulatoire-percussif ; ouvrir des espaces ; manifester le lien), Kiki Smith (corps, nature et cosmos), Fabienne Verdier (vide vibratoire ; silence ; geste ; étoiles), Joanne Clavel (écosomatiques), Julie Perrin (chorégraphie située), Emma Bigé (la tendresse, antidotes aux hiérarchies identitaires ; être mouvementée du dedans et du dehors).

Cartes à danser

Réel Machine, est un jeu de cartes à danser conçu par Nadia Vadori-Gauthier, pour la méthode Corps sismographe®. Ce jeu est à la fois un support  pédagogique et un outil de création. Chaque participante et participant à la formation en reçoit un exemplaire lors de la remise de son certificat.